Publié le 04 mai 2026

Entre vide et lien : quand l’adolescence interroge notre responsabilité collective

013Résumé Conférence annuelle KD 2026

« Cette soirée se veut un espace d’écoute, de partage et de questionnement. Un moment pour prendre du recul – et, peutêtre surtout, pour se reconnecter. »

En ouverture de la conférence annuelle 2026 de la Fondation Lëtzebuerger Kannerduerf, ces mots de Valérie Oberlé, Directrice générale, donnent d’emblée le cadre. Il ne s’agit pas simplement d’introduire un intervenant, mais d’affirmer une intention: créer un espace collectif pour penser ce que traversent aujourd’hui les adolescents – et ce que cela dit de notre société.

Depuis plusieurs années, la Fondation observe, sur le terrain, une évolution des formes de mal‑être chez les jeunes. Moins visibles, moins bruyantes parfois, mais profondément ancrées: sentiment de solitude, impression de vide intérieur, fragilisation des liens, perte de repères. Des réalités qui ne peuvent être réduites à des parcours individuels isolés.

C’est précisément cette lecture que développe le Dr François‑Xavier Polis, psychiatre de l’adolescence à l’Unité de soins l’Athanor du CNP Saint‑Martin (Belgique), invité de cette conférence. À la croisée de la clinique, des sciences humaines et de l’expérience de terrain, il propose un déplacement du regard : comprendre le malaise adolescent comme le symptôme de transformations plus larges, aussi bien sociales, culturelles, ou relationnelles.

“Les difficultés des adolescents ne peuvent pas être lues uniquement à l’échelle individuelle”, rappelle‑t‑il. Montée de l’individualisme, affaiblissement des collectifs, accélération du temps, pression de la performance et de l’image: l’adolescence se construit aujourd’hui dans un environnement fragmenté, où l’autonomie devient parfois une injonction plus qu’une conquête.

Sur le plan clinique, cette tension s’exprime par ce que le Dr Polis nomme une “symptomatologie du vide”: des adolescents en retrait, suspendus, en difficulté pour se projeter. "Ces adolescents ‘dans le vide’ sont avant tout dans un vide de liens”, précise‑t‑il. Un constat qui entre en résonance directe avec les mots de Valérie Oberlé: “La résilience ne peut pas être pensée uniquement comme une capacité individuelle. Elle est intimement liée à une autre réalité essentielle: celle du lien.”

La place du numérique illustre cette ambivalence. Jamais les adolescents n’ont été aussi connectés, jamais ils n’ont disposé d’autant d’espaces d’expression et de reconnaissance. Et pourtant, l’hyperconnexion ne garantit pas le lien. Comparaison permanente, exposition continue, immédiateté des échanges: autant de facteurs qui peuvent fragiliser la construction psychique lorsque la relation ne s’inscrit plus dans la durée.

La conférence met également en lumière l’importance d’une circulation équilibrée dans les relations : donner, recevoir, rendre. “Donner est fondamentalement positif. Cela donne du sens à la vie et crée du lien”, souligne le Dr Polis. Lorsque cet équilibre se rompt, certains adolescents en viennent à s’effacer, voire à se sacrifier, par peur de devenir un poids pour leur entourage. Des paroles difficiles, mais nécessaires à entendre, sans simplification ni raccourci.

Pour la Fondation Lëtzebuerger Kannerduerf, ces constats résonnent avec une responsabilité plus large. “Penser ensemble des cadres et des présences capables de restaurer du lien, de soutenir la subjectivité et d’ouvrir des possibles”, insiste Valérie Oberlé. Une vision qui dépasse la seule réponse individuelle pour interroger les cadres éducatifs, institutionnels et sociaux que nous proposons aux jeunes.

Face à la tentation croissante du contrôle et du sécuritaire, le Dr Polis rappelle une distinction essentielle: “La sécurité intérieure ne se construit pas par la surveillance, mais par l’expérience”. L’adolescence est un temps de va‑et‑vient entre exploration et réassurance, un moment où le lien, plus que jamais, fait fonction de repère.

En filigrane, cette conférence pose une question centrale: comment continuer, collectivement, à offrir aux adolescents des espaces d’appartenance, de reconnaissance et de sens dans un monde instable?

En ouvrant cette soirée comme “un moment pour se reconnecter”, Valérie Oberlé a rappelé que cette réflexion n’est pas abstraite. Elle engage nos pratiques, nos institutions et notre manière d’être présents aux jeunes, aujourd’hui.

Nous vous invitons à découvrir quelques photos de ce beau moment partagé.